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Au puits de la pensée L’œuvre au religieux Paul-Henri Girard o.p. On aura remarqué le titre de ce texte. Il ne s'agit pas de l'œuvre religieuse de Gaston Petit, mais de son œuvre au religieux. La nuance me parait importante. Les madones de Raphaël, même si elles sont intitulées: La Mère et l'Enfant, ne sont pas nécessairement des œuvres religieuses, surtout si on sait que l'artiste a voulu peindre une de ses maîtresses. Par contre les prostituées de Rouault, au premier abord sans lien avec le religieux, si elles expriment la misère humaine, le repentir du cœur, sont religieuses, puisqu'elles sont une approche du mystère du salut. Même chose pour le beau, le vrai. Laissons tomber nos préjugés, pour nous ouvrir aux dimensions de la Création. Je lisais récemment dans un magazine à grand tirage un interview de Philippe Starck, qui résumait sa pensée par une boutade: Je suis contre le beau, je préfère le bon. Starck visait surtout le design industriel, et faisait clairement passer le bon avant le beau, à cause de ses exigences d'efficacité. Au fond je me demande si nous n'avons pas là un reflet de la pensée des artistes contemporains. Le beau étant, disait-on jadis la splendeur du vrai, exigeait de l'œuvre artistique qu'elle soit belle, admirable, objective, intemporelle. Préférer le bon aujourd'hui c'est exiger de l'œuvre qu'elle soit avant tout utile, intime, subjective, plus engagée dans le temps, marquée de secousses parfois inattendues. Entendons-nous! Je ne dis pas que les artistes contemporains font fi du bon, du beau et du vrai dans l'art, qu'ils négligent une certaine splendeur objective pour se réfugier dans le provisoire et l'éphémère. Je dis que le sentier qui s'ouvre, sans nier l'ancien, amène une perspective que les siècles passés —la Renaissance surtout— ont souvent délaissée. L'art contemporain m'apparaît comme l'être humain, c'est-à-dire quelque chose qui vit, qui respire et qui sait mourir, s'il le faut. En somme, moins splendide que sincère. Une œuvre, qui, excluant fumisterie et dilettantisme, livre selon les états d'âme passagers de l'artiste les plis et replis du cœur: tendresse, angoisse, et laideur, pourquoi pas? Pensons aux visages torturées de Picasso, aux christs défigurées de Germaine Richier, aux filles de rue de Rouault. Pensons aux turbulences d'Henri Michaux, aux personnages grotesques d'un Bacon, à l'homme décharné de Giacometti. Heureux bien sûr de retrouver dans tout cela l'humour d'un Folon, les fantaisies lunaires d'un Chagall, les arabesques joyeuses d'un Matisse, les personnages soufflés-essoufflés d'un Botero. Picasso aurait dit: Je ne cherche pas, je trouve. Ce mot sied bien à la mentalité de l'artiste actuel dans la mesure où il peut exprimer son réel vécu à travers le rêve, les secousses de l'inconscient, le dynamisme engagé qui bannit la répétition, les fausses confidences. L'artiste contemporain essaie de traduire à travers son art défis et risques de la vie: anecdotes et humour, brisures du temps, lâchetés du démissionnaire, semences de contemplation. Son effort consiste à réconcilier dans un geste de compassion gloire d'un Dieu inimaginable et petitesse de l'homme, ce roseau pensant. Or, si tout cela qui vient d'un cœur mis à nu est vrai et sincère, je dis que l'artiste atteint ainsi le religieux. C'est à travers cette vision particulière de l'art que je regarde l'œuvre au religieux de Gaston Petit. Gaston Petit ne peut pas nier ce qu'il est: d'origine canadienne, membre d'un jeune pays qui cherche encore son identité à travers les hauts et les bas d'une modernité complexe. Il est aussi conscient de ce qu'il est devenu: chrétien, prêtre et dominicain, dont la mission est de témoigner la Vérité sous toutes ses formes - l'art n'y échappe pas - et par surcroît missionnaire au Japon depuis 40 ans. Riche de deux cultures occidentale et orientale. Il faudra s'en souvenir tout au long de ce regard plutôt sommaire sur son œuvre artistique. Dans ses moments de créativité l'artiste lui-même ne sait pas toujours qui va l'emporter: Occident ou Orient, profane ou religieux? Il a bien raison. Tant de choses échappent à nous-mêmes! Mais enfin, il est louable d'essayer de retrouver dans l'œuvre de Gaston Petit l'étincelle qui relie l'humain au divin. Relier, tel est le sens originel du mot religieux utilisé ici. L'œuvre au religieux dans l'art de Gaston Petit! Je serai franc en disant que ce n'est pas toujours évident. La touche religieuse se perçoit le plus souvent à travers des mots échappés au cours d'une conversation, un écrit sur un sujet souvent profane, une toile qui n'émet pas nécessairement des rayons de bonne conduite. Je veux partir d'exemples concrets pour découvrir le religieux dans l'œuvre de Petit. L'Oreille au guet Un jour, un collègue dominicain —peut-être voulait-il le faire réagir ou encore éprouver ses convictions— dit à Gaston Petit: Mais enfin, tu es prêtre et missionnaire, quand vas-tu faire de la peinture religieuse? Petit venait tout juste de terminer la toile intitulée L'Oreille au guet. (fig.1). Un peu à contrecœur —sera-t-il compris?— il expliqua: Regarde cette toile, tu ne l'a trouves pas assez religieuse? Ce chien entre les chambranles de la porte ne te rappelle rien, toi dominicain? Regarde, il tend une oreille attentive autant aux bruits du dedans qu'à ceux du dehors. Ce chien n'est pas là par hasard. Selon la légende dominicaine, Jeanne d'Aza, mère de celui qui deviendra plus tard saint Dominique, le fondateur de l'Ordre des Dominicains, vit en songe un chien portant dans sa gueule un flambeau allumé sortir soudainement de son sein pour aller enflammer le monde. Dominique symbolisé ici par le chien se tient au centre de la toile. Il est à l'écoute de ceux et celles qui souffrent d'être privé de la vérité, happé par les mensonges de la facilité. Le chien-Dominique, se tient là, prêt à courir leur porter le mot qui console, la parole qui rassure. Tous ces gens qui l'entourent sont des personnages de son temps et du nôtre: dévotes, prostituées, bons et mauvais larrons. Tous ont besoin de se dire dans une plainte, d'élever la voix. Le chien médite leurs propos. Lui qui se sait dans le monde sans être de ce monde, est attentif au rythme du temps qui passe et repasse au balancier de l'humaine fragilité. Mesure à deux temps, mesure à quatre temps, mesure à vingt ans, mesure a cent ans: c'est le fruit temporel qui rythme la danse des personnages en silhouettes derrière des carreaux de papier. Ils bougent sans cesse, ces personnages, comme ensorcelés par la musique de l'hérésie, des trahisons, du mensonge. Comment les rejoindre, leur faire passer le seuil qui mène à la paix du cœur? Dominique prie, tend l'oreille, attend. Il attend patiemment les ordres de l'oiseau-Esprit qui vient de se poser sur le linteau de la porte. Dominique sait que si l'Esprit féconde sa parole, celle-ci peut devenir ardente et réchauffer. Quand vas-tu faire de la peinture religieuse? Que cherche-t-il ce collègue, dans l'œuvre de Petit? Des vierges pâmées, des christs sanguinolents, des images pieuses? Cela n'existe pas. À qui sait regarder avec les yeux du voyeur, l'œuvre de Petit, comme dans la toile de l'Oreille au guet, ou encore celle de Au havre d'un accord (fig. 2), ne se dit pas camelote mais miroir de la sincérité. Au havre d'un accord C'est avec beaucoup de simplicité qu'il faut regarder les détails de ce tableau. Au centre, un immense escalier blanc qui relie terre et ciel. Au bas, une jeune fille est assise sur la première marche. Ses yeux fixent un livre. Elle tourne les pages avec ses doigts respectueux. Elle cherche le mot, la prophétie… Un fruit a roulé jusqu'au milieu de l'escalier, dont le sens symbolique n'échappe pas: fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tel que le livre de la Genèse le décrit. Non loin de la jeune fille s'ouvre une grande fleur de lotus, emblème d'innocence et de pureté retrouvée. Un peu en retrait mais suffisamment visible s'est posée une colombe. Elle semble venu livrer un message de la part des trois personnages qui dialoguent au haut de l'escalier. Je dis que c'est une bonne Nouvelle, à cause des trois danseurs —grand merci à Matisse pour l'inspiration!— qui font la ronde sur le mur vert et bleu de l'escalier. À coup sûr, se prépare une fête. Ce n'est pas encore le déploiement d'une Annonciation, mais une recherche dans le livre d'Isaïe d'une prophétie sur le point de se réaliser. Une parole qui apportera l'Emmanuel au milieu de nous. Ce tableau d'une grande beauté reflète la paix, prépare au mystère qui va bientôt éclater d'abord dans Métaphange (fig. 3), mais surtout dans le triptyque de L'étonnant message (fig. 4). Deux œuvres envoûtantes qui éparpillent sur nous grâces et fleurs à profusion. L'étonnant message Les artistes, sous des dehors parfois désinvoltes, sont timides devant leur œuvre. Ils ont besoin d'être rassurés. À preuve cette question qu'un jour Gaston Petit me posa subitement: D'après toi, cette toile, elle représente quoi?> Au risque d'être piégé j'ai répondu: Une Annonciation?. Je poussai un long soupir de satisfaction, lorsque Petit me dit que j'avais vu juste. Tout dans cette œuvre justifie le titre, mais la présentation est si personnelle que j'aurais pu facilement dérailler. 
Du côté gauche en gros plan un personnage masculin. Il porte une ombrelle, qu'il présente à une dame, qui se tient debout à l'autre extrémité du tableau. Elle semble acquiescer, puisqu'elle penche gracieusement la tête vers l'homme qui fait le geste de donner. Version extrême-orientale d'annoncer le mystère qui relie Dieu au monde! Il s'agit bien d'une reprise du thème mille fois peint et dessiné dans l'iconographie chrétienne, celui de l'Annonciation. L'ombrelle —ou le dais— a été depuis le temps des Assyriens, des égyptiens, des Mayas, jusqu'à nos récentes processions de Fête-Dieu le signe de la royauté, du pouvoir divin. Les dignitaires royaux choisis par quelque divinité sont généralement dépeints sous une ombrelle ou un dais, auxquels ont souvent été associées gerbes et couronnes de fleurs pour exprimer la joie, le ravissement devant le mystère qui va s'accomplir. L'œuvre est faite de tissus collés et peints sur bois. Elle est exécutée dans un vocabulaire tout à fait japonais. Le personnage masculin porte un vêtement de Kabuki, théâtre classique japonais. La dame est vêtue d'un kimono élégant mais sobre. À ses pieds un instrument musical appelé shamisen, (genre de mandoline à trois cordes) au lieu du traditionnel Livre d'heures que peignent les artistes occidentaux. Kabuki, kimono, shamisen: une scène bien orientale, mais tout cela n'étouffe pas le message: Je te salue, tu es Privilégiée! Scène aussi valable que celle par exemple représentée par un autre dominicain, Fra Angelico, et montrée au couvent Saint-Marc de Florence. C'est heureux que Gaston Petit ne soit pas tombé dans le travers du plagiat. Je veux dire qu'il ait su éviter le piège de l'imitation banale qui aboutit à l'usure du déjà vu, à la perte du sens profond de la force créatrice, qui d'ailleurs ne ferait que mener vers la mièvrerie de la crédulité. Au contraire, Petit est allé plus avant, trouvant des symboles qui correspondent à la culture du pays où il missionne, et aussi à la façon qui lui est propre de vivre un mystère aussi grand. Étendards d'un jour Étendards d'un jour fait aussi parti de l'œuvre au religieux, à n'en pas douter. Le titre au complet est étendards un jour, étendards toujours (fig. 5). Je rappelle ici l'atmosphère de la première et combien magnifique exposition, dont cette œuvre faisait partie. Nous sommes en 1992 au Musée des Beaux-Arts de Yokohama. À l'entrée de la Galerie d'exposition le visiteur fait face à trois étendards presque au garde-à-vous, exigeant de celui qui s'approche du lieu un moment de recueillement, d'attention: Regardez-nous. Ne passez pas sans nous voir semblent dire les étendards. On comprend vite que ces étendards jouent un rôle analogue à celui du tatebyobu (paravent), ce petit mur mobile qui se trouve à l'entrée des vieilles maisons japonaises et dont le double rôle est de protéger des indiscrétions de la rue et en même temps chasser les esprits maléfiques qui pourraient venir brouiller la joie de la maisonnée. Dieu, tu es un Dieu caché! C'est vrai, mais Il se révèle à qui a la patience de le chercher. Le religieux dans l'œuvre de Petit exige le même effort. étendards un jour est un bon exemple de la patiente recherche. Une trilogie composée de trois kimonos décousus et collés en aplat sur des panneaux de bois de même dimension et de même forme que les vêtements. Le kimono du centre, sensiblement plus grand que les deux autres, est blanc. Il porte sur le collet une marque noire. Une longue bande rouge descend jusqu'au bas du vêtement. Au revers un soleil rouge se dégage lentement d'un tracé en méandre noir. Les deux autres kimonos sont l'un doré, l'autre noir. À l'avers, le tout représente une Crucifixion. Il n'y a pas de croix, ni de calice pour recevoir le sang de l'Agneau immolé. Mais le mystère du salut est clairement exprimé. L'ensemble pourrait s'inspirer des crucifix siennois, où le Christ peint sur le bois fait corps avec le support même. Au revers, les vêtements cruciformes représentent une résurrection. Magie d'une transfiguration pascale! Le kimono du centre représente le Christ portant sur la poitrine la marque noire d'une blessure laissée par la lance et d'où s'échappe une longue traînée de sang. Le soleil rouge de la résurrection est là, un soleil qui sort victorieux des courbes sinueuses du péché. De chaque côté les deux petits kimonos représentent le bon et le mauvais larron. Disons mieux: la chair amortie par le refus et la chair transfigurée par l'acceptation. Récemment, quelques artistes de Tokyo ont joué le Nô intitulé Résurrection. Pour la circonstance, au lieu du traditionnel pin vert et tortueux en fond de scène, les acteurs ont choisi spontanément les trois étendards de Gaston Petit. Le symbolisme avait passé la rampe! Il est bon de se laisser imprégner par la force intuitive qui se dégage de l'œuvre de Gaston Petit, avec lui de se tourner vers l'intérieur. Admirer la magie qu'ont les formes et les couleurs de ses travaux. Son œuvre nous dévoile un coin de l'invisible. Admirer l'harmonie qui se retrouve dans l'utilisation que l'artiste fait de choses aussi disparates que le bois, le papier, le tissu, les canevas, les ficelles, etc. Le symbolisme des étendards envoûte, mais n'écrase pas le voyeur. Il parfume le cœur comme le bois de santal embaume la hache qui le coupe. Le symbolisme de l'œuvre de Gaston Petit se fait accueillant, habitue l'esprit aux fatigues quotidiennes, aux contrariétés de la vie, aux mots parfois amers du voisinage. Bannières qui annoncent discrètement que Celui qui a porté nos angoisses est sorti Vainqueur d'une humanité blessée.        Au creux de l'inconscient Dans les exemples cités plus haut, les symboles religieux sont en général assez clairs. Mais il faut savoir que le cœur humain, que le geste artistique essaie d'exprimer, ne se dévoile pas toujours aussi aisément. L'artiste lui-même l'avoue: Il y a sûrement d'autres possibilités de compréhension et d'autres lectures non encore formulées même chez moi, par exemple au niveau de l'inconscient… 
 L'inconscient est une valeur réelle dont il faut tenir compte dans l'expression artistique. Chez Gaston Petit, il arrive souvent que les personnages, les objets, parce qu'ils ont valeur de symboles, baignent dans une atmosphère irréelle, fantaisiste, souvent onirique. Et pourquoi pas? Le rêve est si proche de notre vie! À côté de personnages contemporains apparaissent subitement des êtres d'une autre époque. L'être humain a ses avatars! Sans aucune transition, il arrive que des personnages reviennent habiter notre mémoire, humer le quotidien de notre vécu. Ils sont là: tantôt douceur de visages enfantins, langueurs molles des désirs, tantôt route chaude vers le désert ou mirage de la mémoire. La douleur n'en n'est pas absence, régénérée par le geste du Serviteur souffrant (Isaïe 53, 4): Ce sont nos souffrances qu'il a portées, 
Nous l'estimions frappé par Dieu et humilié
 Mais dans ses plaies se trouvait notre guérison. Mémoire! Un mot qu'affectionne particulièrement Gaston Petit. On le sait, la mémoire peut parfois être mirage ou miroir, parfois route vers l'inconscient. Tout cela est présent dans les titres qu'ils donnent à ses œuvres. De quelle mémoire s'agit-il ici? De cette faculté qui sait nous faire oublier les ombres de la vie? Non, il s'agit de la mémoire dont les moments privilégiés nous font revenir aux intermittences du cœur. Cette mémoire qui nous rappelle soudain les jouets de l'enfance, les rêves de notre jeunesse, les fantaisies trop longtemps désirées et maintenant remisées au tiroir des souvenirs, inutiles aux adultes que nous sommes devenus. L'artiste tourne les pages de son histoire, mais en sens inverse, donc vers le passé, qui nous parle de son vivier ancestral. Reculons nous aussi dans le temps. Petit vient d'avoir 50 ans. Il amarre la nef de son parcours au demi-siècle de sa course. Sur la grève de l'indicible, il fouille les âges à la recherche de forces renouvelées qui le fera voguer vers l'autre moitié de sa randonnée. Les objets sont bien connus, d'autres moins, ou pas du tout. Tout bouge et vibre en lui. Le tracé des dessins fait voir comment les sentiments se choquent et se mêlent. Les mains disent, la bouche regarde, les yeux écoutent les battements du cœur. À travers le subconscient, l'artiste rejoint ses avatars: danses des premières nations, chansons atonales et incantatoires, suppliques des générations qui lui ont permis de naître, d'exploser jusqu'au haut dire de l'expression artistique. Ouvrons le cahier intitulé Prédelle (fig. 6), qui n'est autre qu'un grand voyage sur le retable de l'inconscient. Ici, il faut se faire visionnaire, se mettre au diapason des images qui bougent comme des dessins animés. Sur plus de 100 dessins exécutés au crayon-feutre, Petit en a retenu 60. Chaque page tournée nous fait entrer en douce, comme sur le pointe des pieds, dans les cavernes creuses du moi, et permet de communier au non-dit profond du subconscient. Au premier abord tout semble flou, confus, gris, anonyme. Il n'en est rien. Il s'agit de descendre avec lui l'escalier des âges pour entendre aussitôt le chant d'une mère, inquiète peut-être mais confiante, communier aux soucis d'un père qui revient des tournées de fatigues, regarder les portraits des ancêtres qui tendent des mains vers les rejetons, d'énormes mains pour saisir le fil intemporel du dialogue, du mystère qui les ont façonnées. Quelques lignes du texte qui accompagne chaque dessin disent l'insaisissable. Regardons un moment bouger ces mains qui déchirent l'aube, cajolent les visages qui s'éveillent au temporel et se donnent au soleil d'un jour nouveau. Nous le voyons: des mains travailleuses et pleines de couleurs. Des mains qui racontent des soirées de deuil, des mains qui ensorcellent les monstres maléfiques. Des mains qui cherchent d'autres mains dans le désir de rejoindre le cœur. Toujours la hantise des mains, des doigts qui tracent comme dans un rêve les contours d'un paradis à gagner. Les mains du peintre, du poète, du prêtre. L'art de Gaston Petit est mystérieux, passionné, parfois sublime, toujours humain. Cheminement du voyeur Quand vas-tu faire de l'art religieux? disions-nous plus haut. Probablement que le collègue ne trouvait pas assez dans l'œuvre de Gaston Petit les représentations pieuses et traditionnelles, la mièvrerie un peu sentimentale des années Saint-Sulpice. Gaston Petit, après tout, n'est-il pas prêtre et missionnaire? N'est-on pas en droit d'attendre de lui des images de Christ, de Vierge, d'anges, ou d'autres objets qui créent l'atmosphère religieuse d'une église. Où sont calices, tabernacles, crucifix, lampes de sanctuaire, chemins de croix? Cette personne n'avait pas tort d'exiger cela d'un artiste qui prétend que son art s'élève jusqu'au religieux. Mais voilà: pour Gaston Petit, qui n'exclut pas automatiquement ces objets dits de piété, l'art religieux ce n'est pas d'abord cela. Pour lui, ce qui fait le religieux dans l'art, ce n'est pas la forme extérieure de l'objet, ni son lieu d'utilisation, mais le mouvement intérieur, émotionnel, subjectif même, qui apporte autant au voyant qu'au voyeur (celui qui crée et celui qui regarde), lumière, paix, élévation, et, je dis même: expérience mystique. C'est le regard qui à travers telle forme donnée, sait rejoindre l'élan du cœur, apportant recueillement, intimité, joie dans l'illumination. Un art qui crée une telle ambiance, qui invite à l'humilité et fait goûter à la pauvreté du cœur, un tel art, dis-je, est religieux puisqu'il relie au divin et fait communier à la démarche intérieure qui a poussé l'artiste à s'exprimer dans cette courbe d'existence et provoquer un soleil amoureux, fragile, imparfait, mais suffisamment éclairant pour écarter les ténèbres du quotidien, convoquer à la louange. Encore une fois, tout cela n'empêche pas l'artiste de s'exprimer à travers des formes traditionnelles, pieuses même. Mais la dominante est ailleurs. Gaston Petit poursuit à sa façon la route de son métier. Une route parfois droite et facile, parfois rude et escarpée. Mais, il consent toujours à nous accompagner, à nous aider dans notre cheminement de voyeur. Environnement Nous sommes en 1963. Gaston Petit est au début de sa carrière artistique en Asie. L'église va ouvrir ses portes au Concile de Vatican II. Il ne fallait pas être bien malin pour pressentir des changements profonds dans la liturgie et l'architecture des églises. Gaston Petit est invité à aménager l'intérieur d'une chapelle qui se construit sur le terrain des Viatoriens à Kyôto. La tête lui bourdonne d'idées neuves, osées même, mais il sait se retenir pour ménager les susceptibilités. Heureusement, l'élan n'est pas trop freiné. Gaston Petit fait des vitraux qu'il enchâsse dans des formes d'acier, il élève des murales en céramique formées d'assiettes et de vases brisés. Ce qui donne à l'œuvre une profondeur tri-dimentionnelle. Derrière l'autel de granit noir, il superpose des boîtes de verre, dans lesquelles sont déposés des milliers de tubes de papier blanc, noir et rouge de grosseurs différentes. Il agence le tout, de sorte que ressort de là une silhouette d'une Vierge dont la mission est d'écraser de ses pieds la bête apocalyptique. Les étudiants de l'école ne font pas qu'entourer l'artiste: ils participent activement au jeu de création, aidant à rouler ces 5800 tubes destinés à la murale (fig. 7), à aider à la fabrication du Chemin de Croix. Dans un texte Gaston Petit note: À partir de ce moment, l'art pour moi est devenu une vocation au sens fort du mot. J'ai accepté ce chemin, avec tout ce qu'il recelait et recèle encore d'imprévus, d'exigences et de défis... J'ai avancé, souvent à tâtons, mais toujours avec l'assurance que je travaillais et comme dominicain et comme missionnaire, peu importe la forme que prenait mon art. À voir les formes que prend l'art de Petit, on se rend facilement compte qu'il n'a pas dévier de son chemin! Quelques années plus tard Gaston Petit revient au même endroit pour parfaire l'aménagement et s'attaquer à la réalisation de deux grandes murales. La murale Alpha fut réalisée à partir de tuiles carrées. Comme un enfant s'amuse à construire des villes, des châteaux, des enclos pour les bêtes, tout son monde de rêve dans le sable mouillé de la plage, ainsi Petit construit avec le même esprit d'enfance son monde intérieur dans la terre glaise, rissolée au feu des hauts fourneaux et à celui de son inspiration. Pour l'autre murale Oméga, l'artiste étendit sur le plancher une épaisse couche de glaise, dans laquelle il burina des formes à faire sourire les enfants, retrancha les surplus, érigea des reliefs de petits monstres, peut-être des djinns, ces petits esprits imaginaires qui déchirent nos rêves, hantent les corniches des cathédrales, comme ces gargouilles qui rappellent que le malin peut se trouver là tout près du trône de la Sagesse, pour barrer la route à nos élans, nous faire heurter du pied les formes hideuses des ténèbres. Heureusement, nous savons qu'il y a la Lumière du monde: Celui qui se nomme Alpha et Oméga! Ces deux murales de Gaston Petit nous placent dans l'atmosphère d'une promesse, celle de la grande Veillée pascale lorsque le célébrant, tenant la place du ressuscité, proclame à haute voix: Je suis le commencement
et fin de tout. 
Je suis l'Alpha et l'Oméga 
de la création. Vitraux Cette atmosphère de Passage et de Parousie nous la retrouvons dans les couleurs des vitraux de Gaston Petit. Des centaines de mètres carrés d'une lumière qui adoucie les obscurités du cœur, fait relever la tête vers Celui qui est suspendu au Bois, dans une attitude d'accueil, ou la tourner vers une Présence eucharistique qui assure la promesse d'un retour. Je pense au grand vitrail de l'église des dominicains de Shibuya à Tôkyô (fig. 8). Les jours de soleil, le matin vers 10 heures, à l'heure même où la communauté des fidèles se réunie pour la fraction du pain, une joie envahit les cœurs, figurée par un immense trait de couleurs qui relie l'autel au crucifix. Gaston Petit lui-même a dû être joyeusement surpris par cette échange merveilleux du verre et de la lumière au moment où s'accomplit le miracle du pain. Il est important à l'architecte et à l'artiste de se rappeler que le vitrail appartient d'abord au lieu du culte qui l'a commandé. Le vitrail n'est jamais à l'échelle d'un meuble décoratif, mais une partie intégrante de ce lieu. Ce qui suppose active collaboration entre l'artiste qui fait le dessin et le verrier qui exécute le vitrail. Pour avoir négligé des retouches ou mal renseigné le maître d'œuvre, il peut s'en suivre un échec coûteux sur le double plan plastique et industriel. Ayant compris ainsi les choses, Gaston Petit reconnaît que les liens de compréhension entre artistes et verriers doivent être serrés au point de tisser une fraternité d'intuition créative qui prépare l'assemblée des fidèles à vivre dans l'absence le passage d'une Présence. J'ai mentionné plus haut le vitrail de l'église de Shibuya. Je veux souligner deux ou trois autres lieux de culte où les vitraux ont été exécutés dans cet esprit de compréhension. D'abord, celui de l'église de Notre-Dame du Chemin de Yamato-Takada, à Nara (fig. 9). À cause de l'environnement il apparut significatif à Gaston Petit de réaliser le triangle suivant: unir dans un équilibre heureux l'autel du sacrifice, le pupitre des lectures et le baptistère de la renaissance. Nous sommes ici près de l'ancienne capitale du Japon, Nara, ville entourée de temples et de beaux jardins. Gaston Petit a bien compris qu'il fallait tenir compte de cette atmosphère. Alors, le baptistère est composé d'un petit jardin de sable raclé, au centre duquel s'élève une pierre naturelle de couleur beige. Elle est surmontée d'une grande assiette en métal noir, qui a pour rôle de recevoir l'eau du baptême. 
Le baptistère est à l'intérieur de l'église mais collé à un vitrail. Or, la partie supérieure du vitrail est colorée tandis que la partie inférieure est transparente. Ce qui permet de voir le petit jardin extérieur et ainsi permettre un prolongement du baptistère. À ce moment-là le vitrail-verrière n'est plus un ornement, mais vraiment partie intégrante de la maison qui habite la communauté. Un autre endroit que je mentionne rapidement: c'est le vitrail de l'église de Kanazawa Bunkô, œuvre des années 1985. Il s'agit d'une suite de vitraux, d'abord aux couleurs rouge, jaune, ocre, bleu. Ce qui indique bien le lieu où le soleil commence sa course dans la joie du matin, pour la terminer dans le silence du soir. Comment ne pas songer au Soleil levant qui vient nous visiter, Celui qui éclaire le monde et que le monde néglige de recevoir. Mais à qui prend le temps de s'asseoir un moment dans ce lieu pour se laisser pénétrer des lumières que diffusent les vitraux saura y trouver sa joie, une chaleur intérieure, et le plaisir d'une Rencontre. Tel est la leçon de choses que nous indique le vitrail dans la maison-Dieu. Nous collons de près à l'œuvre au religieux! (fig. 10, 11 et 12). Au temps où le peuple ne savait pas lire, les vitraux servaient de petit catéchisme en images. Mais aujourd'hui, leur utilité se concentre dans le fait d'être porteur de lumière et de silence, tout en offrant au cœur en prière un milieu favorable à la célébration d'un Mystère: Mystère manifesté dans la chair,
 justifié dans l'Esprit
, vu des Anges, cru dans le monde, 
enlevé dans la gloire. (1 Tim. 3, 14). À ce titre-là, le rôle des vitraux de l'église de Kanazawa Bunkô est une réussite: qui craint les ténèbres, sortira rassuré d'une liturgie qui donne des tonalités d'Apocalypse, c'est-à-dire la révélation d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle déjà commencés. Au cours de l'année, chaque coin du Japon a son festival de lumière. Gaston Petit n'est pas et ne prétend pas être japonais. Mais ses nombreuses années passées au pays du soleil levant —plus de 40 ans— le mettent à l'aise. Ce pays, il l'a un peu beaucoup dans la peau: question d'inculturation et d'ouverture. Et chez lui, la mesure est généreuse. Question aussi de faire siennes les fêtes de feu, les fêtes d'eau, les fêtes de moisson, qui scandent les saisons. Rappelons-nous les Rogations d'autrefois. Gaston Petit ramasse à sa manière ce que l'Occident a laissé échapper et continue en Orient à s'en nourrir à travers des fêtes et des liturgies pleines de couleurs et de gaietés. Cela, Gaston Petit essaie de l'enseigner aux jeunes architectes japonais avec qui il travaille constamment. Il s'efforce de les initier aux dimensions religieuses de son art, les laissant libres de trouver en eux-mêmes les formes d'architecture qui favorisent la prière, rassemblent des éléments de lumière qui nourrissent la méditation, créent l'environnement indispensable pour ouvrir sur l'admirable échange. Gaston Petit les rend attentifs à la richesse de leur folklore, qu'ils semblent parfois oublier. En somme, Petit a à son crédit la restauration et l'aménagement d'une cinquantaine de lieux de culte au Japon. Sans se départir du dynamisme et de la force d'invention qu'on lui connaît, il trace continuellement sa voie, essayant autant que possible d'éviter les ornières qui ont entravé l'élan originel des liturgies occidentales, sans désespérer non plus —car la tâche de réfection n'est pas toujours chose aisée— les artistes qui viennent chercher conseil auprès de lui. Il s'est fait ambassadeur d'une bonne Nouvelle, mais d'une façon qui est la sienne. Celle d'exprimer à travers son art l'édification d'un monde meilleur. Les yeux Les couleurs du vitrail nous ont remplis les yeux de joie, nous ont réchauffé le cœur, nous ont réuni pour un chant de lumière. L'œil filtre la lumière, et la lumière permet à l'âme de baigner dans le libre aujourd'hui. L'œil en sa limpidité initie le voyeur au mystère de l'indicible. Il y a beaucoup d'yeux dans l'œuvre de Gaston Petit. Dès les premières années de son métier d'artiste nous retrouvons l'œil et le regard. Je pense ici particulièrement à Foule, une toile peinte en 1965 (fig. 13) et qui m'émeut beaucoup. C'est elle, je crois, qui a déclenché les œuvres de l'année '71, où nous retrouvons les titres suivants: L'aviseur, Visionnaire-voyeur, Voyeur à la fenêtre du vécu, et une vingtaine d'autres toiles qui développent le même thème. Foule: des ronds de visages ou plutôt des formes floues percées de trous par où le voyeur se sent épié. En somme, un tableau plutôt troublant, qui gêne notre contenance. Devant ce tableau, on ne sait pas trop quelle attitude prendre? Suffit-il de répondre par un sourire? Tous ces yeux sur une même surface! On dirait de jeunes paons, la queue en éventail, qui font la roue, fiers de pavaner leurs cents ocelles pour la galerie. Ces yeux nous inquiètent et l'unique moyen de retrouver la paix est peut-être de se laisser attendrir et de chercher un coin où l'âme peut se lover dans l'énigme du tableau. Peut-être se rappeler une parole lointaine: Si ton œil est pur,
 ton corps entier baignera
 dans la lumière. Mais on soupçonne vite qu'existe aussi le mauvais œil, l'œil maudit, celui du damné, semblable à celui du tableau intitulé: Théâtre d'un nouveau monde (fig. 14), œil qui frôle la démence, le désespoir. Cet œil aussi fait partie de la vérité du regard. Comme fait partie de la même vérité du regard l'œil de l'enfant qui s'éveille à la vie. L'œil parfois inquiet de la mère, qui veut guider l'adolescent jusqu'à la croissance adulte et même au delà: jusqu'à la rencontre de l'Être. Il y a l'œil des cosmogonies humaines. Que n'a-t-on pas inventé pour dire le mystère, le savoir de cet œil, la lumière de son halo troublant, sa force d'incision, jusqu'au troisième œil des religions orientales, celui qui peut se changer en grande flamme d'illumination. Nous avons ici la clé pour entrer dans le jardin si bien gardé de Gaston Petit. Il ne livre pas ses secrets facilement au premier venu. Il vaut mieux être discret à notre tour et en demeurer au plan de la suggestion. Car vouloir tout dire, tout mettre à vif, n'est ni possible ni souhaitable. D'ailleurs, il n'est pas évident qu'une analyse trop détaillée des œuvres aboutirait à une meilleure compréhension de l'artiste et de son œuvre en général. En tout cas, le risque est grand d'étouffer la poésie qui s'en dégage et de ce coup briser cette connivence tacite qui noue le voyant au voyeur pour tisser ensemble le maillon d'une fraternité. Les visages De l'œil au visage, il n'y a que le déplacement d'un regard! Sur la toile ou sur papier, ces petits globes de lumière qui nous regardent ne sont pas seuls. Ils sont cernés par des lignes qui ressemblent étrangement à celles du nez, de la bouche, la courbe des joues qui tout à coup font émerger le visage. Voyeur à la fenêtre du vécu des années '71 est un bon exemple de cette métamorphose (fig. 15). Le visage se doit d'être avant tout celui de l'artiste. C'est l'autoportrait. L'autoportrait est le miroir de l'artiste. Quel peintre n'a pas essayé de projeter son image sur le canevas. Rembrandt, Monet, Van Gogh, Cézanne, Picasso. N'ayons pas peur des mots: l'autoportrait c'est le côté narcissique, le tribut que l'artiste doit payer à son art. Gaston Petit s'est peint à la manière de... à la manière... etc. Tantôt ressemblant, tantôt difforme, car il y a aussi des miroirs déformants, des miroirs brisés! Ici, le tracé subtil de la complaisance; là, les lignes consciemment hésitantes du visage bouleversé par l'angoisse, la peur, ou encore le ravissement. L'influence faisant rapidement place à l'originalité, Gaston Petit s'est peint tel qu'en lui-même. L'autoportrait permet à l'artiste de lever le voile sans complaisance, répondant inconsciemment à l'adage: Connais-toi toi même. La formule est plus philosophique que religieuse, mais le dominicain rhénan, maître Eckhart, ne la désavouerait pas comme premier échelon dans la montée mystique. Dès l'année 1960 Gaston Petit a peint son autoportrait à l'huile. En 1978 il a continué avec des autoportrait en sérigraphie. Puis entre les années 1986 et 1988, il revient à la charge avec Autoportrait aux fleurs jaunes (fig. 16), Vive la mandorle, Six angles d'un même visage, une série de 6 toiles (non-disponible). Je retiens surtout une œuvre de 1987 intitulée: Le peintre par lui-même: une trouvaille artistique en même temps qu'une proie tentante pour le psychanalyste (fig. 18). C'est le peintre et son modèle. Le modèle ici est le peintre lui-même. Double autoportrait! Autrement dit: le peintre qui se regarde peignant son portrait. Le tableau nous laisse voir Petit de dos vêtu d'un kimono d'été aux couleurs bleus. Dans sa main droite un pinceau: il va donner, semble-t-il, la dernière touche à un autre autoportrait. Là, le vêtement est plus haut en couleurs, et le regard qui fixe le voyeur parait troublé. Entre les deux autoportraits se loge une tête de femme. Est-ce une projection de ma part d'y voir la présence de la mère? La maman de l'artiste est éloignée, malade de ses yeux et qui d'ailleurs finira par ne plus voir. L'artiste serait-il habité par l'inquiétude de l'au-revoir qu'il faudra bien dire un jour? Chez Petit tout ce qui touche la mère est religieux. Il faut avoir vu sa magnifique collection de sacs en papier intitulée O-foukouro (fig. 19), présentée au Musée des Beaux-Arts de Yokohama en 1992 et une année plus tard à la Galerie de l'Ambassade du Canada à Tôkyô. Le japonais mâle désigne habituellement sa mère par le vocable: O-foukouro, mot qui signifie littéralement noble sac. L'expression peut paraître rude, mais elle n'a rien de vulgaire. En tout cas, elle dit bien ce que l'enfant a reçu du sein maternel: douceur, tendresse, amour et nourriture. O-foukouro: mot que je traduirais volontiers par sanctuaire. Deux ou trois tableaux sur ce thème ont en effet la force envoûtante de l'icône (fig. 20). Au centre de la longue série de tableaux que représente Portrait familial, nous retrouvons la mère qui se penche affectueusement sur ses filles, les entourent de ses deux bras, les caressent. Des bras aux mains parfois immenses pour signifier l'amour, la protection, peut-être l'accaparement maternel (fig. 21, 22). En 1975, l'art religieux de Gaston Petit se débride en une série de Visages de ma mère. Cette magnifique suite de 10 portraits nous fait voir comment un visage peut se transformer au cours des âges d'une vie, sous l'effet tantôt des angoisses de la grossesse, des douleurs de la maternité, tantôt des joies d'une naissance ou d'une réunion intime autour de la table familiale (fig. 23). Guy Robert dans son livre: Gaston Petit en mission itinérante dans l'art, parle de transformations successives d'un visage, familier et tant aimé, en une figure plastique s'apparentant au masque de Nô, au dixième volet (fig. 24). Les derniers mots font allusion à la suite Geste de David que nous retrouverons plus loin. Disons tout de suite que le masque de Nô qui apparaît entre David et Bethsabée, devient la conscience de l'homme et de la femme aux prises avec le mal qui les tiraille. Il ne m'apparaît pas exagéré de dire que le masque de Nô se confond avec les Visages de ma mère, ceux-ci, cependant, libérés de l'obsession qu'on retrouve dans le masque de Nô, qui signifie l'ombre inquiétante qui cherche à traquer le pèlerin terrestre. Les Visages de ma mère n'ont rien de maléfique. Ils ne hantent pas les nuits du voyant, ne troublent pas son âme. Au contraire, ils libèrent des forces fécondes, maternelles et génératrices pour transmettre à l'enfant les yeux, le regard, le visage d'un à venir à affronter. Dans la longue série de 1976 intitulée Le Monde à sa brisure, un tableau attire particulièrement l'attention: La Tentation d'un jour (fig. 25). Il s'agit du visage du grand Bouddha du temple Daitoku de Nara. Le Bouddha de Nara est représenté avec un excroissance au milieu du front (en japonais: Miken). Originairement ce signe distinguait, en Inde, les nobles des parias. Le Bouddha qui appartenait à la noblesse portait au front cette marque, faite de pétales de fleurs mélangés à un peu de terre boueuse. Plus tard, les fervents du bouddhisme ont donné au miken un sens religieux: celui du grain de sagesse qui conduit à l'illumination. Sur le front du Bouddha de La Tentation d'un jour devrait donc se retrouver ce signe. Il n'en est rien. Au lieu de cela nous retrouvons un grand trou, à travers lequel passent les couleurs du ciel. Magnifique dégradé allant de l'ocre à l'orangé, puis au jaune pâle. Cette éclaircie est une allusion possible à la victoire remportée après les tourments de la chair. Car il y a eu combat. De chaque côté du Bouddha, presque collés à son visage des personnages se tiennent debout et attendent leur proie. Des personnages empruntés aux Demoiselles d'Avignon, ces prostituées qui faisaient le trottoir de la rue Avignon, à Barcelone. Le tableau nous montre l'apaisement après le combat. Combat qui est bien de tous les temps. Celui de la chair et de l'esprit, celui des déchirements du corps et du cœur. Au dire de la sagesse antique, même les dieux sont tentés! Et qui peut dire à l'avance d'où viendra la victoire? Le sourire du Bouddha est trop énigmatique pour nous faire connaître la réponse. La série intitulée: Le Monde à sa brisure, auquel appartient La Tentation d'un jour, c'est le chant des peines et des joies, celui des plaintes qui viennent des blessures et du baume qui guérit. Car le désir de guérison n'est pas absent. C'est surtout la complainte du cœur qui baigne dans la nostalgie d'un ailleurs fait d'espérance, dont la venue semble parfois trop tarder. Cet ailleurs énigmatique s'exprime par les symboles qui cherchent à le dire. Une danse, où les entrelacs sont aussi gracieux que provocants. Le jeu ne laisse jamais insensible. Les formes et arabesque attisent un feu subtil. Celui qui engage le combat, en sortira brisé, mais toujours ennobli. Visage d'un dieu, d'un amant, d'un sage qui a marché les longs déserts de la solitude, visage d'une mère qui fredonne une berceuse pour son fils, si loin et si proche à la fois. Geste de David L'art et la religion boivent à une même source: celle du cœur. S'y trouve-il toujours une eau pure, limpide, désaltérante? Ce serait trop beau! Il arrive à cette eau d'être brouillée, d'avoir un goût de saumure. Au fond, elle est semblable au destin de l'homme qui malgré des promesses de paix se sent livrer à des secousses qui blessent. Il le sait bien. Mais il se laisse mollement guider par le Malin. Aveuglé et brisé, il avouera finalement: je ne me savais si vulnérable. Pauvre David! Lui, si courageux devant la carcasse rugueuse du géant Goliath, le voilà misérable devant la peau blanche de Bethsabée au bain. Combat déchirant entre péché et grâce, La Geste de David est une pièce précieuse sur l'échiquier de la destinée humaine. La toile exprime merveilleusement le récit de la faute et du remords qui conduit au repentir. (fig. 26, et 27 reprise du même thème 25 ans plus tard). Ce combat, il fallait le dire avec des images pleines de poésie. C'est le seul langage qui peut émouvoir le cœur blessé et permettre à l'homme de tendre la main non plus vers le fruit vert de l'orgueil, mais le moût de l'humilité. La Geste de David se dit en 80 travaux. Elle raconte le drame émouvant où, depuis le début du monde, achoppe l'humanité. Les personnages de Portrait familial étaient siphonnés par de grands gestes enthousiastes, des envolés lyriques mais parfois serviles. Ceux de La Geste de David bougent à peine, telle une chorégraphie exécutée par des acteurs de Nô. Ils évoluent au ralenti à travers une pensée torturée par le oui qui libère, et le non qui condamne. Tout au long de cette longue suite, Gaston Petit se défait difficilement —et c'est heureux— de cette image théâtrale. David est presque sans cesse accompagné du kage, cette ombre qui vient l'avertir qu'à l'homme les écarts sont toujours possibles. Cette ombre qui apparaît sous une forme pourpre et masquée (le masque du personnage du Nô) indique au voyeur les états d'âme du roi: passion, chute, repentir, joie du pardon. La Geste de David n'est pas une œuvre au noir. Au contraire l'ombre ne poursuit pas le personnage, elle est son double, ou mieux: sa conscience, qui l'invite à s'approcher de la lumière. Une lumière condensée en un point précis de la toile. Je pense particulièrement à l'œuvre appelée: Construction d'un autel (fig. 28), où la luminosité est un phare qui distribue aux preux une clarté, non pas aveuglante mais diffuse et suffisamment diaphane pour reconnaître les valeurs qui tissent la trame de leur vie. L'intention de Gaston Petit, à travers cette longue suite de tableaux, n'est pas de juger mais de présenter au voyeur une œuvre vraie, sortie de lui, pleine de dynamisme et heureusement équilibrée par le balancier des vertus si humbles qu'on ne les voit plus, si le cœur est aveuglé par la fange des médiocrités. Heureuse faute qui nous a valu de la part du vieux roi un beau chant de repentir que l'église reprend le vendredi à sa prière de l'aube: "Oh Dieu prends pitié de moi
 aussi fort que ton amour. Aussi fort que ta compassion oublie mon offense" (Psaume 51). Calligraphie Parler ici de calligraphie, peut paraître déplacé par rapport au thème choisi: l'art au religieux. Peut-on concilier calligraphie et religion? Une courte note sur cet art de la calligraphie nous permettra de pencher vers une explication. Au sixième siècle de notre ère l'historien d'art chinois Hsieh Ho énumère les six principes de base de la calligraphie chinoise. Son texte fit couler beaucoup d'encre à cause justement du premier principe qu'il donne, mais sans en préciser le sens. C'est le Ch'i (Ki en japonais). Le mot signifie tout à la fois esprit, rythme, vie, mouvement. Quoi faire avec quatre mots, dont le sens est si différent? Dans quel ordre faut-il les présenter pour leur donner leur vrai valeur? Hsieh Ho n'en dit rien. Sa recherche était davantage orientée à développer les ressources intérieures de l'artiste, le forcer à exprimer le Ch'i qui l'habite et le faire respirer. Il est curieux de constater que par la suite aucun grand artiste en calligraphie ne se soit préoccupé de trouver la vraie pensée de Hsieh Ho sur le Ch'i auquel le maître tenait tant. D'ailleurs était-ce si important? Pourvu que l'intuition donne à chacun un code d'interprétation et d'exécution valables, le reste apparaît secondaire. Reste la solution de prendre les quatre significations à la fois sans vouloir les séparer. Tout est si connexe dans la calligraphie. Cet esprit pour ainsi dire charismatique, cette force jaillissante de la main, ce rythme qui féconde le rêve, cette vie qui engendre les cycles de l'existence et du mouvement: tout cela ajoute au sens de l'écriture un dynamisme libre et spontané, inimitable et d'une grande beauté. Comment ne pas y deviner des états d'âme qui conduisent vers le sentiment religieux? Dans la pensé de Hiesh Ho, le Ch'i qui exprime d'abord l'ordre de la nature, est intimement lié à l'harmonie des forces du Ciel et de la Terre. La calligraphie de Petit s'est librement engagé dans cette voie. La préparation qu'exige l'écriture des caractères est drôlement stylisée. Le mot hiératique l'exprime à merveille. Une feuille de papier blanc est déposée sur un feutre rouge, arrêtée par deux petits poids pour éviter que la feuille ne bouge. Agenouillé (humilié!), l'artiste fixe du regard le lieu d'écriture, le temps qu'il faut pour se concentrer. Il réunit ses élans. Puis, dans un geste très calculé, il écrit ou peint —en japonais c'est le même caractère qui est utilisé pour ces deux mots— d'un geste l'idéogramme, d'une seule coulée, de peur d'éteindre le souffle de vie apporté par le jet d'encre. Gaston Petit, pendant deux années, a étudié la calligraphie sous la direction du grand maître Nankoku Hidai (fig. 29). La férule du maître a dû être souvent pesante au disciple trop porté à l'émancipation. Ce n'est qu'après un long temps d'apprentissage que Petit a pu se permettre certains écarts, évoluer, dans une relâche contrôlée, vers des formes personnelles et ainsi dépasser les formes précises pour s'abîmer vers le non-représentatif (fig. 30). Une main qui s'exerce à la calligraphie va naturellement vers la simplification, le non-lisible, sans pour autant que le résultat obtenu soit une perte dans son apport vers le religieux. Un exemple me vient à l'esprit: les formes exécutées par Matisse pour la chapelle de Vence. Tout est si simplifié, par rapport au projet initial, qu'à la fin il ne reste que quelques lignes que l'artiste accepte comme un concentré de sa vision. Un autre exemple serait celui de la signature. Notre manière de signer est parfois si abstraite qu'il est impossible de reconnaître le nom, mais elle identifie le personnage. Phénomène semblable pour une lettre écrite à la hâte, à un familier. Si illisible parfois qu'il faut des heures de concentration pour en trouver le sens. Cette écriture ne reflète-t-elle pas, du moins à cette occasion, l'émotion de peine ou de joie qui a guidé la main sur le papier? Avec la calligraphie, l'artiste est à bonne école pour apprendre à produire les formes qui s'orientent vers le silence, le dépouillement, la source du religieux. C'est la calligraphie qui a donné naissance à la peinture chinoise appelé le sumié, ce dessin fait à l'encre noire et profonde avec un pinceau à la pointe fébrile et exigeante. Gaston Petit s'est laissé tenter au point de produire des centaines de sumié, ces formes qui savent jouer avec le vide du papier, le silence du grand mur, l'unique mot qui retient tout le souffle de l'âme. Symboles Déjà l'été replie son miracle 
Comme la femme plie son vêtement 
Et les prêtres rangent les symboles
 le Sacrement célébré Ces vers empruntés à Une âme en incandescence d'Émily Dickinson, nous mettent sur la piste des symboles. Les symboles font jaillir de notre vie poésie et sérénité. Ils nous aident à surmonter le fade et l'amer. Notre monde a besoin de symboles. Voyez, aux carrefours des rues, tous ces petits signes magiques qui indiquent la meilleure route à suivre et les dédales à éviter. Ou encore dans les magasins à grandes surfaces: toujours signes qui dirigent le consommateur vers la marchandise qu'il cherche. Le monde spirituel n'échappe pas aux symboles. Chaque religion a son signe d'identification: la croix, l'étoile, le croissant, le phénix, etc. L'artiste lui-même ne s'en prive pas. Dali, avec ses montres affalées essaie d'accrocher quelque part le temps qui passe trop vite. Magritte avec ses pierres flottantes cherche à annuler la pesanteur des corps pour les envelopper de rêves. Picasso avec ses visages déformés télescope les combats passionnés du corps et du cœur. Fra Angelico avec ses anges qui font la navette entre ciel et terre promet l'accueil des béatitudes. L'œuvre de Gaston Petit est riche en symboles. Mais pour lui, le symbole n'est pas une énigme qui viendrait cacher le sens des réalités pour ne le révéler qu'aux initiés. Ses symboles sont pour tout voyeur un raccourci qui fait éclater l'opacité de la matière et ainsi rejoindre l'absolu créatif. Quelques exemples au hasard pour concrétiser mon dire. Dans Pièces litaniques (fig. 31), il est facile de détecter le tapis de prière où, prostré, l'homme alimente sa faim de l'intemporel. Dans Jeudi de l'Avent (fig. 32) aussi bien que dans Mardi temporel (fig. 33), ces mandalas formés d'enceintes concentriques et de jeux de couleurs éclatantes, les formes invitent le corps à se plier et le faire adhérer au rythme méditatif. Mandalas, ces mosaïques faites de carreaux, de cercles, de losanges qui débouchent sur l'azur de nos rêves, de nos obsessions subconscientes. Dans le mandala, la répétition du motif, telle une litanie de demandes, creuse lentement le puits bienfaisant au désert de nos hésitations quotidiennes, manipule les fils qui tissent la toile de notre destinée, redonne l'élan vital qui permet de continuer la route, celle qui en définitive vient se perdre dans la lumière. C'est alors le vertige de l'exubérance. Dans L'étonnant message (fig. 4), on l'a vu, le dais retient le divin. Dans étendards un jour (fig. 5), les vêtements cruciformes sont déjà une promesse de relèvement. Les symboles facilitent le cheminement spirituel, nourrissent le dialogue des cœurs et préparent à accueillir l'irrationnel dans l'art. L'œuvre de Gaston Petit, particulièrement les peintures de la dernière décennie, éclate en symboles. Celui qui n'y voit que collages ou assemblages disparates ne peut guère participer au dialogue auquel il est invité. Le jeu des symboles s'entremêle, leur signification se complète, comme la voix anime une mélodie. Le voyeur, s'il est patient, aura sa part de lumière et de chaleur. L'œuvre de Petit, que ce soit dessin, estampe ou peinture, n'est terminée que lorsque le voyeur a collaboré à son achèvement dans un effort de compréhension bien sûr, mais davantage à travers la joie d'une sympathie naissante. Il est toujours possible de se poser la question: quand peut-on dire qu'une œuvre est achevée? Même le grand Picasso n'a pas su quoi répondre. Il s'est contenté de dire: Je mets dans mes tableaux, dit-il, tout ce que j'aime, et tant pis pour les choses, elles n'ont qu'à s'arranger entre elles! Le tableau n'est pas pensé et fixé d'avance. Pendant qu'on le fait, il suit la mobilité de la pensée. Et fini, il change davantage, selon l'état de celui qui le regarde. Un tableau vit ainsi sa vie, comme un être vivant, et ne vit que par celui qui le regarde. Mais il faut se rappeler que l'artiste n'aime pas donner la clé de ses symboles même s'ils sont souvent déroutants. Gaston Petit ne fait pas exception. Il se peut que cela choque le voyeur. Mais ce dernier aurait-il avantage à être totalement éclairé? Le geste de trop dire ne serait-il pas plutôt un manque d'honnêteté, en tout cas une certaine indiscrétion envers celui qui regarde l'œuvre avec attention et amour. La demi-obscurité qui provient des symboles dans l'œuvre artistique est justement la note discrète et mesurée qui favorise l'œil du voyeur à dépasser ses propres limites et l'aide à poursuivre le poème qui est en train de naître en lui, l'enveloppant un moment, comme dans un vêtement de gloire, de gestes humains, à la limite: provocants. Vêtements liturgiques Il est donné à l'homme de foi de célébrer, à travers le jeu des liturgies, le Mystère qui promet une totale transhumance. Notre demeure, écrit saint Paul, est dans les cieux, d'où nous attendons, comme sauveur le seigneur Jésus Christ, qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire. Déjà dans le baptême le croyant a revêtu le Christ. À la Cène, il s'en nourrit. Par son relèvement d'entre les morts, il sera transfiguré en Lui. Revêtir le Christ! Si tout cela est vrai, —du moins c'est dans cette dimension de foi que vit Gaston Petit— comment ne pas porter une attention spéciale aux vêtements qui habillent le corps? Vers les années 1960, les revues Art Sacré des éditions du Cerf et L'Art d'église de Saint-André-les-Bruges donnaient la tonalité. À ce moment-là, en ce qui concerne la confection des vêtements liturgiques, Gaston Petit suivait d'assez près les patrons que suggéraient ces revues. Je me permets cette courte digression pour dire que je ne suis pas trop en sympathie avec l'expression art sacré. Je préfère davantage celle qui parle d'art religieux? Le sacré est ce qui met à part: soit une personne, soit un objet. Le sacré sépare du profane, pour vouer uniquement à l'intouchable. Le religieux, lui, loin de séparer, il unit. Il donne aux choses profanes de participer aux dimensions du cœur, au jeu des festivités. Le religieux ne s'oppose pas au sacré, mais au profane. Cette opposition au profane est ouverte. Je veux dire que le religieux demeure bon partenaire avec le profane. De même que la connaissance vient des sens, le religieux prend sa source dans le profane. Le sacré est réservé aux initiés, le religieux s'ouvre à tout être et l'aide à s'épanouir. Tel est la perspective dans laquelle baigne l'œuvre de Gaston Petit. Je reviens aux revues citées plus haut pour signaler le fait que Petit, qui suivait de près le mouvement de rénovation liturgique, fit fabriquer pour l'église de Shibuya des chasubles inspirées des modèles que fournissaient ces revues sans pour autant être esclave des modèles recommandés. En 1966, Petit demanda à une artiste japonaise de lui teindre des tissus sur lesquels il traça des lignes assez inusitées par rapport aux vêtements traditionnels. Inusitées mais simples et appropriées à une liturgie qui assume les contrastes de la cendre et du feu. Au même moment, avec l'aggiornamento de Vatican II, la concélébration réapparut. Elle réunissait plusieurs prêtres autour d'un célébrant majeur pour commémorer la Pâque du Christ. On sait que la concélébration avait été abandonnée depuis plusieurs siècles dans la liturgie romaine. Dans l'enthousiasme d'une telle décision, fallait-il retomber dans le triomphalisme du voile huméral, des dalmatiques, des chasubles à drapés pompeux? Gaston Petit s'en garda bien. Il réserva les couleurs plus chatoyantes pour le célébrant majeur, donna aux concélébrants l'étole blanche posée sur l'aube de couleur grège. Un ensemble sobre et approprié. Au même moment, Petit se voit demandé de prendre en charge le vestiaire de plusieurs lieux de culte. Il s'en donne à cœur-joie et crée des ensembles vestimentaires qui se mêlent bien à l'atmosphère des lieux rénovés (fig. 34). L'utilisation de tissus ne détourna en rien Gaston Petit de son cheminement artistique. Au contraire il a toujours aimé travailler ce matériau qui lui est familier. Il faut relire les descriptions contenues dans les catalogues de ses expositions pour s'en convaincre. Je pourrais citer des dizaines d'exemples. Qu'il me suffise de penser à étendards un jour (fig. 5), L'étonnant message (fig. 4). Jeudi de l'Avent (fig. 32), Mardi temporel (fig. 33), Les Saisons (fig. 35), (4 grandes toiles qu'il est toujours possible de voir sur les murs de l'Ambassade du Canada à Tôkyô), Hymne au flanc sauvage (fig. 36), à la série des Noren (fig. 37), à élan vital (fig. 38), à plusieurs toiles de la suite Utopique conservatoire de l'humanité, etc. Toutes ces œuvres utilisent le tissus imprimé. Petit les repeint selon les exigences du motif qu'il veut privilégier.   Livres Je passe sans transition à un autre domaine: celui du livre. Habitué que nous sommes à voir Gaston Petit sous l'angle de l'artiste qui peint, dessine un vitrail, travaille l'estampe, sculpte ou discute au sujet d'un aménagement d'église, tout cela nous fait un peu oublier l'aspect littéraire de son œuvre. Petit a plusieurs volumes à son crédit. Je ne fais que mentionner les deux tomes de 44 Modern Japanese Artists publié dans deux éditions, anglaise et japonaise en 1973. S'ouvrir à l'autre, surtout aux artistes peu connus, les présenter au grand public pour les aider à percer dans le métier qu'ils ont choisi pour faire carrière. À mon avis, le petit coup de pouce fraternel qui peut faire démarrer une destinée a déjà une connotation spirituelle et religieuse. J'insiste ici sur deux récits de voyage. Pour Gaston Petit, tout voyage tient lieu de pèlerinage. Voyager c'est vagabonder avec du soleil au cœur, perdre consciemment son chemin pour se retrouver sur un promontoire d'hier, afin de mieux voir venir demain. Pour Petit, voyager c'est encore errer ça et là, portant un regard d'admiration sur les différentes cultures, traditions et religions des peuples de notre planète, mieux connaître les coutumes, les trésors qui les habitent. Aussi connaître leurs inquiétudes, et si possible apporter une aide fraternelle, sinon un sourire de compassion. D'abord, Images of a Journey, (Impressions de voyage) paru en 1990. Ce livre nous conduit au cœur du Bouddhisme à Sri Lanka, puis vers les églises troglodytiques de la Cappadoce. Encore, jusqu'en Israël, où nous retrouvons le triangle monothéiste: Judaïsme, Christianisme et Islamisme. Chaque vendredi est consacré à une cacophonie de prières, qui ne déplait pas à Dieu. Cinq heures au vendredi de l'horloge
 Le minaret chante au quartier arabe 
Le sabbat commence au quartier juif
 La cloche sonne vêpres au quartier chrétien
 Le chien aboie au quartier de lune
 Dieu sourit de voir ses enfants si différents Puis la lecture de Images conduit le lecteur vers l'Espagne. Plus précisément à Caleruéga, où saint Dominique de Guzmán a vu le jour. Pour Gaston Petit, ce pèlerinage au pays du fondateur de son Ordre s'imposait! Au pays des Guzmán, dans ce joli hameau de 300 âmes, depuis le Moyen-Age, rien n'a changé. Sur la montagne de pierre à chaux, la croix est toujours là. Dominique la regardait par la fenêtre de sa chambre. Il regardait aussi la tour où son père et les preux de son pays s'assemblaient pour faire des projets qui pourraient bouter dehors les occupants arabes. Cependant que Dominique, lui, priait Dieu de leur venir en aide, de les convertir à la lumière. La traversée des Pyrénées nous mène au sud de la France: Toulouse, Fanjeaux, Carcassonne, Montpellier, où Dominique alluma des foyers de Parole ardente. Enfin, le récit nous conduit au nord de l'Italie, jusqu'à Bologne, où Dominique s'éteignit, entouré de ses Frères, leur recommandant de porter haut, comme il fit lui-même, le flambeau d'une Parole brûlante. Tout au long de ce pèlerinage artistique et dominicain, une litanie se déroule en prière dans la tête de l'artiste: Dominique, puits de compassion préparant 
pour l'égaré l'eau d'un joyeux retour. 
Dominique, figure de proue dans la barque de l'église
 voguant vers la lame du courage. Dominique, premier de cordée
 escaladant le roc sauvage du renoncement. Infatigable itinérant, Gaston Petit, se laissant guider par son intuition, dirige ses pas vers les stèles religieuses de Carnac et les non moins mystérieux dolmens de Stonehenge, les pyramides du Mexique, hier encore tachées du sang qui coulaient des Chac mool. Ensuite, My Silk Road, second livre paru trois ans plus tard, en 1993. Gaston Petit cette fois nous fait voyager en sens inverse: d'Istanbul jusqu'à Xi'an. Après les villes de Tbilisi, Bukhara, Samarkand, après la traversée d'une partie des déserts de l'Asie centrale, le groupe auquel appartient Gaston Petit entre en Chine. Ils ont mis presque 35 jours pour arriver à Xi'an, l'ancienne capitale, où l'empereur Qin Shihuang (221-210 av. J.C.) faisait la pluie et le beau temps. Il repose maintenant dans son magnifique mausolée, entouré d'une armée composée de milliers de soldats en terre cuite. Le temps s'est arrêté: plus rien ne bouge pour lui, étant devenu lui-même un dieu pétrifié. À chaque étape principale du voyage, Gaston Petit nous livre amples informations historiques et artistiques, sans négliger le côté religieux. Au contraire, plus du cinquième du livre nous renseigne sur l'aspect religieux des lieux visités. Et résume ainsi son intention. Mêlé à des gens si différents par leur culture et leur religion, un profond désir s'élève en moi de partager ce que j'ai ressenti dans ces courts moments de rencontre, même si parfois ce ne fut que quelques mots d'espoir pour des lendemains meilleurs. Ces pèlerinages nous ont valu deux magnifiques séries d'estampes: Le chant de l'homme et Pèlerinage. Dans ses longues pérégrinations autour du monde, Gaston Petit ne manque jamais l'occasion de prendre des photographies. On les compte par milliers. De ces photographies il a tiré plusieurs livres d'artistes, albums composés de quatre à dix estampes sur un thème donné. Le chant de l'homme est le huitième livre d'artiste. Il se compose de six estampes représentant un paysage, un monument, des ruines de Sri Lanka, de la Turquie, d'Israël, etc. Ces estampes sont d'une grande simplicité et ne prétendent pas à autre choseque de dire le cœur de l'homme, ses grandeurs et ses misères, ses tristesses qui lui permettent de plier les genoux pour attirer sur lui une Main favorable. Au Sri Lanka, nous voyons au loin des hommes bronzés qui travaillent à la réparation d'un stûpa tout blanc (fig. 39). Le contraste est saisissant. On dirait des araignées suspendues au bout de leur fils, attendant patiemment qu'une main les tire vers le Haut. Le soir penche vers les connivences du rêve. 
Sur la coupole de l'illuminé
des hommes-araignées attendant la proie du salut 
polissent le dôme des compassions... Pèlerinage est un ensemble de huit estampes. Après Invitatoire (fig. 40, haut à gauche), il nous parle de Stonehenge (fig. 40, bas à gauche). Une œuvre qui rêve de druides suspects, de dolmens tachetés de sang, d'une présence enfouie depuis le commencement du monde. Qui a dressé là ces pierres massives que le temps n'a pu renverser? Est-ce la colère d'un dieu? Est-ce la main d'un sorcier vagabond? Ou simplement les coordonnées du hasard? En tout cas, Gaston Petit en a gravé le numineux. Puis, il y a cette estampe intitulée Jérusalem (fig. 40). Cette œuvre, à la manière de l'icône, emprunte au mystère de l'indicible! Quelques juifs ayant un livre ouvert à la main, prient devant le mur des Lamentations. On croit les voir se balancer, les entendre psalmodier leur complainte du temple disparu. Au milieu s'élève la coupole de la mosquée d'Omar, suffisante et toute brillante d'or. Et par dessus tout dans le rosé du ciel le visage d'un Christ souffrant. Parmi les livres d'artistes —il y en a neuf— j'en mentionne encore deux autres qui m'impressionnent particulièrement, à cause peut-être de leur grande simplicité, donc plus prêts du cœur. D'abord dix sérigraphies portant le nom de Talisman (fig. 41, quatre de dix). Guy Robert en parle comme d'un timide essai. Autrement dit, un piteux exercice pour se faire la main. Je ne crois pas. Les formes taillées comme des bijoux précieux, ont un rôle d'amulettes, de porte-bonheur, de petits boucliers qui protègent l'âme encore esclave des langes de la peur. La peur, lorsqu'elle enfante le respect ne serait-elle pas un premier pas vers le religieux, ainsi que le souligne la Bible: La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse. Ensuite, Stigmates (fig. 42), qui contient 10 estampes. Ici, le cœur bat plus vite, accordé au rythme des épreuves qui façonnent la vie. À l'aide de quatre couleurs (rouge, noir, bleu et jaune), Gaston Petit badigeonne le papier sur lequel un mot du poème est écrit: Joie, Colère, Tout, Glycine, Ô jour, etc. Ces estampes sont une féerie de guirlandes qui s'efforce de faire oublier le poids du jour, la longue nuit qui vient et le lendemain, qui sera probablement banal. Sculptures Le goût pour la sculpture a toujours hanté l'art de Gaston Petit. Il remonte loin, peut-être au temps où à 15 ans il arracha au bois une ronde-bosse de sa grand-mère maternelle campée dans sa berceuse. Depuis lors, l'œuvre sculpturale de Gaston Petit n'a cessé de s'enrichir de nombreux travaux. Un matin de l'année 1964, je le retrouve à son atelier, entrain de plier et replier une feuille de moustiquaire. Puis la badigeonner d'une pâte métallique qui durcit rapidement. Cela donna naissance à cette naïve et belle sculpture intitulée: Les premiers pas (fig. 43). Cet homme, encore chaud de la chaleur des mains de l'artiste semble surpris de ce qui vient de lui arriver. Mais il ne tarde pas à relever la tête et à marcher les premiers pas de sa destinée. Il faut lui associer cette autre sculpture: L'homme d'aujourd'hui (fig. 44). Autant la première sculpture pouvait paraître hésitante, autant celle-ci a pris de l'assurance. L'homme marche maintenant droit devant lui, à la façon des personnages de Giacometti, mais je dirais moins fluet, les os étant plus garnis de chair. La tête penche un peu vers le sol pour mieux voir les obstacles de la vie. Le tout semble envahi, pourrais-je dire, par une tristesse douce: celle pour l'homme de ne pas être des saints. Un peu plus tard, sortiront des mains de l'artiste deux autres sculptures: une Madonna qui presse sur son sein un Fils d'homme. Elle semble méditer sur la prophétie du vieillard Siméon: Un glaive percera ton cœur. La prophétie se réalise avec l'autre sculpture qui expose ce Fils sur le bois de la croix et qui vient de crier: Père, en tes mains je remets mon esprit. Ce crucifix je peux le regarder tous les jours accroché au mur de mon bureau de travail (fig. 45). À propose de crucifix, mentionnons cette branche morte trouvé au hasard d'une promenade près de la mer. Trouvée, élue par l'artiste, elle est devenue Christ de douleur. Germaine Richier aurait-elle emprunté à la nature? (fig. 46). Toujours à l'affût, l'artiste voit ce que les autres ne perçoivent pas. Un jour furetant dans un magasin à Montréal, Petit voit une sculpture Inuit de pierre noire.   La tenue du personnage et la forme de son capuchon rabattu éveille une lumière: il voit une auréole nimbant la tête, il voit saint Dominique dans cette sculpture. Pour aller jusqu'au bout de son émotion, Petit ne tarde pas le l'auréoler avec quoi? Tout simplement un disque CD (fig. 47). Je ne puis m'empêcher de mentionner l'assemblée des 35 têtes en terre cuite sortie des mains de Petit en une journée de travail, tellement il les avait en lui (fig. 48). Une réminiscence des Rakan japonais. Disciples de Bouddha. Les Rakan sont au nombre de 500 dans le monde bouddhiste japonais! C'est moins le chiffre qui importe que ce qu'il signifie: le très grand nombre de ceux qui ont atteint l'illumination (nirvana). Mais par compassion, ils prolongent leur présence au milieu de nous. Des anges gardiens, quoi! Sur leur visage s'expriment les sentiments humains: tantôt la joie, le calme, tantôt la souffrance, la tristesse, ou encore l'indifférence de ceux qui sont assurés qu'un jour ils seront happés par la lumière de la contemplation nous entraînant dans leur large vêtement. L'œuvre sculpturale se continue. À partir des années 1968, Gaston Petit reçoit plusieurs commandes de tabernacles pour églises ou chapelles à rénover (fig. 49 et 50). Ces petites maisons qui assurent un lieu à la Réserve eucharistique sont de véritables sculptures. Sur le revêtement du tabernacle de la chapelle de Kurosaki (fig. 51): un soleil de résurrection. Les années passent. Gaston Petit invente un jeu. Il recueille des centaines de formes de styrène qui ont servi à envelopper lesappareils électroniques, formes que les petits marchands ont déposées en face de leur magasins, attendant les éboueurs. Gaston Petit remplit des sacs et des sacs de ces formes étranges. Il transporte le tout à son atelier. Le jeu se change en rêverie: il taille dans la matière vive, agence ces formes disparates, leur donne une autre consistance, celle qui apportera joie au regard du voyeur. Le casse-tête terminé, le tout est envoyé à la fonderie pour le coulage en bronze, le plus souvent en aluminium (fig. 52 et 53). La chose était-elle consciente chez Gaston Petit? S'est-elle fait à son insu? Le résultat a un apport réel avec son art au religieux. À regarder l'ensemble des sculptures, il est aisé de reconnaître ici: un petit temple, un oiseau-Esprit, une croix; là: un Christ de gloire, des personnages hiératiques comme des saints, un ostensoir, etc. L'artiste sans s'en rendre compte avait emprunté les doigts de sa foi pour fabriquer des formes nouvelles, divagantes de lumière. Une visite aux réserves de ses ateliers soit du Japon, soit du Canada nous donne l'impression d'entrer dans un petit sanctuaire, où d'un côté les sculptures bien alignées font l'accueil. De l'autre côté, de grandes toiles et de nombreuses estampes qui ont des noms de litanies: Vendredi des mystères, Genèse des vies antérieures, Au Linceul de la belle image, etc. Tous semblent inviter à un moment de silence, de recueillement intérieur. Et qui n'en a pas besoin? Des titres qui permettent une convergence tacite entre forme, couleur, poésie et mystique. C'est le plain-chant de l'art dans toute sa pureté mélodique, dont l'envolée des neumes est représentée par les carrés, les triangles, les cercles. Et le grand rythme d'explication que Gaston Petit voudra bien donner, si ce jour-là est faste. Une œuvre d'art qui est vraie et qui a épuisé toutes les forces du cœur et du corps pour naître est une œuvre religieuse, indépendamment de la forme choisie. Je pense à la musique de Bach, où il n'est pas toujours facile de différencier ce qui est profane et ce qui est religieux, tellement l'incarnation les unis. Tous les deux sortent du même cœur, qui tantôt trouve la joie dans l'épreuve, tantôt l'épreuve dans la joie. Ainsi de l'œuvre artistique de Gaston Petit. Profane et religieux jaillissent d'une même source d'inspiration: celle d'imiter le Créateur qui nous a donné à l'homme des yeux pour voir, des mains pour façonner, un cœur pour aimer. Conclusion Ce mot me paraît mal choisi, car, peut-on vraiment conclure avec Gaston Petit? Lui si impulsif, toujours prêt à refaire la route, bondir vers d'autres ouvertures! Puisqu'il faut terminer, je le fais avec l'anecdote suivante. Au retour d'une exposition, j'entends Gaston Petit me dire: Prises une à une, les œuvres de cet artiste me plaisent. Mais vu dans leur ensemble, je suis plus réticent. Pour le dire en vrac: j'ai l'impression que l'artiste n'est pas allé jusqu'au bout de sa force créatrice. Il n'a pas eu le courage de la mémoire intérieure qui l'habite. Il a oublié de dépasser le côté facile de son talent. Voilà pourquoi je dis que prises une à une les œuvres me plaisent, mais l'ensemble ne provoque pas l'admiration. À écouter cette réflexion m'est venu à l'esprit ce mot de Baal Chen Tov: "La mémoire est source de libération, l'oubli source d'exil...". Si l'œuvre mène au désert, il y a chance qu'elle subsiste à cause de la source qu'il recèle. Mais l'exil ne mène à rien, sinon aux jujubes du plagiat, les médiocrités de l'imitation. 
Quand vas-tu faire de la peinture religieuse? Cette phrase nous ramène au début de notre réflexion. Je pense avoir répondu à la question, sans pour autant en avoir épuisé le contenu. L'œuvre de Gaston Petit est essentiellement une collaboration joyeuse à la Création, et par ce biais, un chant à la gloire de Dieu, une invitation à dépasser la condition humaine, pour participer au mystère du salut dans toute sa dimension cosmique. Le beau est-il encore splendeur du vrai? N'est-il qu'une sincérité subjective, laissée au jugement tantôt excentrique, tantôt énigmatique de certains critiques et mandarins de l'art? Le beau, c'est vous, c'est moi dans notre quête à recueillir un geste fraternel, de voir une icône de vérité, de trouver le chant qui renouvelle la face de la terre. Il importe à l'artiste, s'il veut être vrai à son art et sincère envers les voyeurs, d'être avant tout fidèle au savoir qui l'habite. Un savoir incarné, qui englobe le rêve et la réalité, l'ombre et la lumière, le mal et le bien qu'il y a dans le monde. Chercher à travers l'écheveau qui lie corps et esprit les vibrations qui libèrent de l'angoisse quotidienne, mettent l'âme au diapason de la joie, de la couleur, de l'aube qui s'allume, du chant qui sourd de la terre et de l'âme. L'art au religieux est à ce prix, pour être compris et aimé.                                                          Retour au menu
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Chanter la gloire du Seigneur par la création artistique Maître d'œuvre    À la fin de mes études de la langue japonaise, une communauté me demanda d'aménager la chapelle de leur campus scolaire à Kyôto.     Ce projet fut le déclic qui me lança à temps plein en art. Je décrirai donc mon activité principale comme celle d'un maître d'œuvre, travaillant en étroite collaboration avec des architectes et artisans de tous métiers.  Je vise à créer des espaces de prière adaptés à la sensibilité japonaise, tout en répondant aux besoins liturgiques chrétiens. Je crois avoir évité jusqu'à présent de faire du plaqué occidental. J'ai réalisé près d'une cinquantaine de projets, soit simple rénovation de lieux déjà existants soit création de toute pièce, ce qui m'amena en plus de créer des volumes et formes architecturales s'apparentant à ceux du pays, à faire des vitraux, des tabernacles, des crucifix, des murales de béton, de céramique ou d'aluminium. Il arrive parfois que j'aie des commandes pour des espaces non religieux, comme des vitraux pour maison privée: le plus illustre étant celui de la résidence du prince Takamado... (les commandes royales sont rares de nos jours, alors, que dire des commandes impériales !) et des murales pour édifices publics, comme celles d'une banque à Shimada, une autre d'une caserne de pompiers à Matsudo, au nord de Tokyo. Peinture et estampes      De plus, je fais de la peinture depuis au-delà de cinquante ans. Malgré des périodes assez peu productrices, les dernières trente-cinq années furent très fécondes, et la source ne semble pas tarie.  En parallèle à la peinture, j'ai fait plus de 500 éditions d'estampes (bois, litho, eau-forte, sérigraphie). Et durant quelques années mon atelier a tiré des éditions pour d'autres artistes. En même temps j'enseignais dans une école d'art, et à l'atelier également. Écrivain     J'ai publié deux livres traitant de l'estampe au Japon, 44 Modern Japanese Print Artists et Evolving Techniques in Japanese Woodblock Prints, un autre sur les dessins d'enfants et nombre d'articles sur divers sujets dans des revues au Japon, en Australie, en Corée, en France ou au Canada.       Tant en peinture qu'en estampe, j'ai fait une centaine d'expositions solo un peu partout dans le monde. C'est dire que je travaille à plein temps dans le domaine de l'art : c'est le biais qui me met en contact avec une catégorie très spéciale de gens, celle des artistes, des galeries, des musées, des architectes et des artisans.            Ce qui ne m'empêche pas de réfléchir sur d'autres sujets. La formation permanente n'a jamais été un mot vain pour moi. J'ai constamment à l'esprit d'approfondir, par diverses voies, les cultures asiatiques ou orientales qui m'entourent.      Par un concours de circonstances, j'ai beaucoup voyagé avec grand profit. Ainsi  donc j'ai écrit quelques articles aux titres qui laissent deviner l'esprit œcuménique dans lequel ils furent rédigés. Réflexions sur certains aspects de l'iconographie symbolique hindoue et  chrétienne - Réflexions sur l'axe sacré et le rituel de "circumambulation" - Pervading Forms and Symbols in Religious architecture and Iconography. Cette dernière réflexion fut communiquée à l'association des architectes japonais en février 1996. Certaines de ces réflexions et d'autres sont rassemblées et publiées aux Philippines sous le titre de  Images of a Journey, que je traduirais par Impressions de voyage. Un autre livre, fruit de plusieurs années d'étude et d'un voyage  inoubliable à travers toute l'Asie, parut sous le titre de My Silk Road, from Istanbul to Xian. Sens de la mission      Cette façon d'agir connote la dimension missionnaire dont les résultats ne sont peut-être pas toujours visibles. La réponse la plus facile serait peut-être que c'est là ce que je peux faire de mieux... Mais il y a plus que cela. Le côté besoin de la jeune Église du Japon de s'exprimer dans un contexte de beauté digne de la sensibilité du peuple et en fonction de ses propres normes de beauté est un facteur de grande importance.      C'est pourquoi il faut développer une iconographie chrétienne qui soit propre au pays. Pour cela il me faut donc bien comprendre le rouage de création du symbolisme religieux et relever ces symboles là où ils se trouvent. Au Japon, plus qu'ailleurs, le beau a valeur de bien... Cet axiome a plus de poids que l'on pense. Ces diverses activités ont éveillé l’intérêt d’un écrivain Linda Ghan, anglophone, juive et canadienne, qui me proposa de m’interviewer. Plus de deux ans d’échanges à bâtons rompus ont été réunis sous le tire de: Gaston Petit. The Kimono and the Cross. Interview with an artist in Japan.                     En dernier lieu, je puis ajouter que c'est ma façon de chanter la gloire du Seigneur et d'être missionnaire.       Pour moi, je n'en vois pas d'autres.                                     Gaston Petit, o.p.                                                               
GASTON PETIT ARTISTE ET/OU DOMINICAIN? L'art et Dieu, deux absolus. La vocation artistique et la vocation religieuse, deux passions dévorantes. Comment concilier deux destins aussi exigeants? Gaston Petit semble avoir réussi à mener dans l'harmonie une vie d'artiste fidèle à l'inspiration et une vie de père dominicain fidèle à l'esprit de l'Ordre. Non deux vies parallèles, ni un jeu d'alternance. Plutôt un élan profond où les deux vocations s'unifient en une réponse commune.     Rappelons, pour apaiser les inquiétudes de ceux qui trouvent étrange qu'un père dominicain consacre sa vie à l'art, que dans la règle de l'Ordre dominicain, codifiée en 1228, on prévoit la "dispense individuelle". Grâce à cette mesure inédite, un supérieur se devait de libérer des tâches ordinaires de l'ordre un sujet doué pour une mission spéciale. Dans le cas du Père Gaston Petit sa vraie mission c'était l'épanouissement de ses dons artistiques.         Voilà pour l'obéissance à la règle. Il faut aller  plus profond. Un artiste véritable s'il répond à une inspiration artistique authentique, participe de l'acte créateur de Dieu même. C'est Nicolas Berdiaev qui a mis en lumière le sens de la création artistique: "L’idée de la vocation dans une créature est en soi une idée religieuse et non "mondaine", et remplir cette vocation est un devoir religieux". Pour Berdiaev, la création du monde n'est pas achevée par les sept jours. La création divine se continue par les artistes qui font des choses nouvelles. La hardiesse de l'acte créateur continue l'action de Dieu créateur et la parfait au cours des siècles. Les artistes maintiennent le processus mondial du huitième jour qui prolonge la création divine. Alors l'artiste, religieux ou profane, n'a pas à justifier son action. Il prolonge l'acte créateur de Dieu. Il doit donc non pas se contenter de transformer les formes anciennes mais créer, donc trouver du nouveau, de l'inédit.    L'acte créateur authentique est une réponse à une inspiration. Il se justifie, il n’a pas à être justifié par une intention pieuse ou un mouvement d'obéissance à une règle. Berdiaev va jusqu'à lancer: "La création est en elle-même la religion. L'expérience créatrice est religieuse à l'égal de la prière et de l'ascèse". L'artiste authentique n'a donc pas à justifier son activité artistique par la religion. L'expérience créatrice est elle-même une expérience religieuse particulière.    D'où un père dominicain comme l'artiste Gaston Petit pour être fidèle à sa vocation de "frère prêcheur" n'a pas à prêcher dans les églises du haut de l'ambon. Par son œuvre artistique, qui épouse tout naturellement et même à son insu, le rythme de son expérience religieuse, il proclame la foi selon sa vocation d'artiste. C’est là sa mission. Son œuvre multiforme prêche dans les églises, les musées et ailleurs la beauté du monde et inaugure quelque chose de cette terre nouvelle annoncée dans l'Évangile sur la lancée de la Rédemption. Dominique, le Fondateur, doit être tout fier de Gaston Petit qui fait honneur à l'Ordre en créant de la Beauté. Jean Panneton – 23 mai 2003
GASTON PETIT ARTISTE ET/OU DOMINICAIN? L'art et Dieu, deux absolus. La vocation artistique et la vocation religieuse, deux passions dévorantes. Comment concilier deux destins aussi exigeants? Gaston Petit semble avoir réussi à mener dans l'harmonie une vie d'artiste fidèle à l'inspiration et une vie de père dominicain fidèle à l'esprit de l'Ordre. Non deux vies parallèles, ni un jeu d'alternance. Plutôt un élan profond où les deux vocations s'unifient en une réponse commune.     Rappelons, pour apaiser les inquiétudes de ceux qui trouvent étrange qu'un père dominicain consacre sa vie à l'art, que dans la règle de l'Ordre dominicain, codifiée en 1228, on prévoit la "dispense individuelle". Grâce à cette mesure inédite, un supérieur se devait de libérer des tâches ordinaires de l'ordre un sujet doué pour une mission spéciale. Dans le cas du Père Gaston Petit sa vraie mission c'était l'épanouissement de ses dons artistiques.         Voilà pour l'obéissance à la règle. Il faut aller  plus profond. Un artiste véritable s'il répond à une inspiration artistique authentique, participe de l'acte créateur de Dieu même. C'est Nicolas Berdiaev qui a mis en lumière le sens de la création artistique: "L’idée de la vocation dans une créature est en soi une idée religieuse et non "mondaine", et remplir cette vocation est un devoir religieux". Pour Berdiaev, la création du monde n'est pas achevée par les sept jours. La création divine se continue par les artistes qui font des choses nouvelles. La hardiesse de l'acte créateur continue l'action de Dieu créateur et la parfait au cours des siècles. Les artistes maintiennent le processus mondial du huitième jour qui prolonge la création divine. Alors l'artiste, religieux ou profane, n'a pas à justifier son action. Il prolonge l'acte créateur de Dieu. Il doit donc non pas se contenter de transformer les formes anciennes mais créer, donc trouver du nouveau, de l'inédit.    L'acte créateur authentique est une réponse à une inspiration. Il se justifie, il n’a pas à être justifié par une intention pieuse ou un mouvement d'obéissance à une règle. Berdiaev va jusqu'à lancer: "La création est en elle-même la religion. L'expérience créatrice est religieuse à l'égal de la prière et de l'ascèse". L'artiste authentique n'a donc pas à justifier son activité artistique par la religion. L'expérience créatrice est elle-même une expérience religieuse particulière.    D'où un père dominicain comme l'artiste Gaston Petit pour être fidèle à sa vocation de "frère prêcheur" n'a pas à prêcher dans les églises du haut de l'ambon. Par son œuvre artistique, qui épouse tout naturellement et même à son insu, le rythme de son expérience religieuse, il proclame la foi selon sa vocation d'artiste. C’est là sa mission. Son œuvre multiforme prêche dans les églises, les musées et ailleurs la beauté du monde et inaugure quelque chose de cette terre nouvelle annoncée dans l'Évangile sur la lancée de la Rédemption. Dominique, le Fondateur, doit être tout fier de Gaston Petit qui fait honneur à l'Ordre en créant de la Beauté. Jean Panneton – 23 mai 2003 À l'occasion de l'année jubilaire de la fondation de l'Ordre des Dominicains une vidéo de Gaston à été réalisée à son studio de Champlain, Québec, par Lou Kévin Roquais, le 4 Octobre 2015. — Cliquer l'image. Retour au menu
Gaston Petit 1930 Naissance à Shawinigan, Qc Canada. 1936-52 Études élémentaires et secondaires à Trois-Rivières, Qc Canada. 1952 Entrée chez les Dominicains. Noviciat à Saint-Hyacinthe, Qc Canada.  1953-59 À Ottawa, au collège dominicain, études en philosophie et en théologie. Ordonné prêtre en 1959. 1961 On le retrouve au Japon, comme missionnaire. Il y est toujours. 1961-63 Apprentissage de la langue et de coutumes japonaises. Recherches sur les cultures orientales. Il devient responsable de l'aménagement de la chapelle Rakusei Gakko à Kyoto. Le Concile Vatican II ouvre les portes à une foule de changements dans les lieux du culte. Il place donc l'autel détaché du mur afin de pouvoir célébrer face au peuple lorsque le temps viendra. Une première au Japon. 1964-65 Long parcours à travers Cambodge, Thaïlande, Inde (exposition à Nouvelle Delhi), pour perfectionner ses connaissances en culture orientale, suivi du Proche-Orient, Égypte, Grèce, Italie. Séjour en France pour approfondir ses connaissances en aménagement de lieux de culte chrétiens. Expositions à Paris et à Gand en Belgique. Dessins Les vibrations de la ligne ont toujours fasciné Gaston Petit. Le dessin est vraiment à la base de son œuvre artistique. Ses nombreux dessins linéaires ont souvent trouvé leur achèvement dans la calligraphie sino-japonaise. Ces tracés au crayon-feutre peuvent être, selon son inspiration, soit de dimensions miniatures, soit des travaux atteignant plusieurs mètres de longueur. On retrouve aussi cette préférence pour la ligne dans ses vitraux et dans ses peintures les plus récentes. Estampes Gaston Petit a réalisé plus de 500 éditions d'estampes. Durant plusieurs années, son atelier au Japon fut à la fois un lieu d'enseignement et d'impression pour de ses propres œuvres et pour celles d'autres artistes — souvent de réputation internationale. Il a publié plusieurs livres sur l'estampe, livrant ainsi le fruit de sa recherche.  Design L'environnement est un aspect important de son activité artistique: muraliste, vitrier, sculpteur. Au cours de sa carrière artistique, Gaston Petit aménagea églises et chapelles, mettant à profit ses connaissances techniques du design, du vitrail, de la fonte des matériaux pour réaliser des tabernacles, des murales en aluminium ou en bronze et pour différents objets de culte.  Peinture Peintre est le titre préféré de Gaston Petit. C'est par cette discipline qu'il est connu au même titre que par l'estampe. Un grand nombre de galeries et de musées dans au moins huit pays ont exposé ses toiles ou ses oeuvres sur papier. 1977 Le Musée du XXe siècle Ikeda de Itoh présente au public une exposition solo de 85 œuvres. 1982 Premier prix avec la toile "Tête d'épingle", au Musée Shôtô de Shibuya à Tokyo. 1985 Rétrospective des dix dernières années en peinture: plus de 50 œuvres sont choisies pour les cimaises du Centre Culturel de Hatano dans la préfecture de Yokohama. 1986 Un renouveau dans sa production artistique. Stimulé par une longue recherche sur l'art de Matisse, Gaston Petit oriente sa technique vers le collage, les aplats, la libre utilisation des tissus imprimés, tout en cherchant à leur donner une nouvelle dimension. 1990 Grande exposition d'œuvres au Musée des Beaux-Arts Yokohama, et à l'Ambassade du Canada: des travaux qui nous racontent les Saisons (collection de l'Ambassade du Canada à Tôkyô), les Jardins, les Norens (tissus qui ornent les entrées). Durant la dernière décennie Gaston Petit a élaboré la série de peintures intitulée: De Mémoire d'homme. Les estampes suivent une métamorphose parallèle: aplats de papiers transparents ou semi-transparents superposés, qui donnent aux œuvres un air très oriental. Seules les sculptures suivent à peu près la voie tracée depuis plusieurs années, enrichie d'une émotion religieuse discrète mais réelle. Tout en continuant d’élaborer la série De Mémoire d’homme, la fin des années 1990 voit apparaître la série Anonyme. Visages inspirés en premier lieu par ceux, mystiques, de Jawlenski, Gaston Petit les personnalise à sa façon. Par ces visages sur fond de papier japonais ou de tissu, il nous rappelle que nous vivons dans un monde en perte d’identité, anonymes, voués aux vanités de la mort après la mort. Il ne brise pas l’anonymat de ses visages burinés par l’humaine fragilité, blessés, déchirés par le chaos journalier, il nous invite plutôt à la compassion sinon à la prière lorsqu'il termine la série avec le visage qui implore Sed libera nos a malo. 2000 Deux aménagements majeurs dans son parcours: l’intérieur et les brillants vitraux de l’église Rokko à Kôbé et l’aménagement intérieur comportant les vitraux, la création du baptistère et la très grande murale de bronze évoquant l’arrivée de la chrétienté au Japon dans l’église de Shiroyama à Nagasaki. 2003-13 Les deux séries De Mémoire d'homme et Anonyme se poursuivent. Le musée Pierre-Boucher de Trois-Rivières, Qc, Canada présente une partie de ces séries, tandis que le musée Nanmeidan de Makurazaki, préfecture de Kagoshima au Japon, présente une autre partie de cette production intitulée Les profils de la mémoire, ainsi que plusieurs oeuvres sur papier et des estampes.   L'œuvre au religieux est présentée à Québec en 2004. En 2006, la série de toiles très poétiques dite Tous mes soleils brasille les murs du Musée Pierre-Boucher   Éventail revit dans des formes précises et hautes en couleur sur des supports variés, toiles, boîtes ou œufs, souvent "à la manière d'un kaléidoscope". Un ensemble a été présenté à la galerie Prince Takamado à l'ambassade du Canada en 2007-2008. La suite se trouve dans Rouage Cosmique dont on a dit "qu'elle est beaucoup plus qu'une trainée de belles formes déployées en tons de rouge d'une part et de bleu d'autre part. Ce sont deux volets de 630 cm chacun qui se complètent l'un l'autre, ils peuvent se voir comme liés dans un cercle, sans début et sans fin. A observer de plus près, cette suite laisse voir certaines formes symboliques qui ont tissé l'histoire de l'humanité." Seul un endroit public tel que l'Université d'Ottawa, qui a reçu cette éclatante suite en don, pouvait la mettre en valeur sur les murs de l'un de ses pavillons. Les Alternantes, exposées au Musée Pierre-Boucher en 2013, est un exploit. Le principe de base est de présenter un dyptique, chacune des toiles pouvant se placer à gauche ou à droite, la composition se suivant dans cette alternative. Mais Alternantes n° 15 est un cas extrême. Gaston Petit a choisi cinq toiles carrées qui peuvent se prolonger de vingt-quatre façons différentes selon le placement des toiles. "La mathématique est venue donner une autre sens à mon art, une activité ludique !"   Toujours en parallèle au moment de la mise à jour de ce site, Gaston Petit travaille à l'aménagement d'une église à Yokohama. Le thème est l'Arche. L'endroit, port de mer, est propice à accueillir les gens venus de toutes les nations. Sur le mur face à l'école maternelle, une longue fresque en béton de 26 mètres évoquera l'Arche de Noé. Un des vitraux est inspiré du phare guidant les navires à bon port.   Pour Gaston Petit tout est prétexte pour créer de nouvelles images. Son œuvre étant une collaboration joyeuse à la Création, son message devient un chant à la gloire du Créateur: "Son œuvre est une invitation à dépasser la condition humaine, pour participer au mystère du salut dans toute sa dimension cosmique".  — P.-H. Girard, o.p.
Ephémère
Bijoux
O'Foukouro
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